The Power of the Intuition

par Axel Viersac

Ce que les « -ismes » nous apprennent depuis plusieurs années, c'est avant tout l'irréductibilité de l'esprit humain. Confronté à l'ensemble des choses, idées ou mouvements existants, il est souvent nécessaire de se positionner d'une nouvelle manière. Parfois en s'inspirant de ce qui est, parfois en établissant une pensée nouvelle ex-nihilo. Quoi de mieux qu'un « isme » pour faire d'un simple mot l'incarnation d'un champ théorique nouveau ?

 

 

What “-isms” are teaching us since years, is before anything-ells, human spirit irreducibility. Confronted to all things, ideas and already existent movements, we often need to position ourselves in a new manner. We sometimes get inspiration from what already is, sometimes establishing a new thinking ex-nihilo. What could be better than an “ism” to make, out of an ordinary word, the embodiment of a new theoretical field?

                 Le magnifisme, comme d'autres avant lui, est l'un de ces mouvements qui se crée en parfaite connaissance de lui-même, de ses buts, enjeux et revendications. L'immédiateté est le maître-mot de la pensée magnifiste. Non comme refus d'une médiation matérielle, artistique, mais comme valorisation de l'instantanéïté de sa perception. Pour l'artiste comme pour le spectateur, il s'agit avant tout d'accéder à la beauté, sans détours, sans entraves et sans limites. Ce qui compte n'est pas tant l'aspect matériel de ce que l'on voit que l'intuition que l'on en a, l'émotion que cela nous procure et le message qui nous est communiqué. Le magnifisme est une danse des émotions et de l'intuition sur la scène de la vie. Il est cet état d'esprit qui nous fait apprécier la grandeur des choses : un bâtiment au coin d'une rue, un graffiti sur les murs de nos villes, un oiseau prenant son envol, un baiser... Toutes ces choses qui constituent notre quotidien et auquel nous ne prêtons plus attention dans un monde surconnecté mais totalement déconnecté du tangible.Il est l'appel de l'art vers le monde. Le cri du monde par l'expression artistique, intuitive, émotionnelle. Il est ce mouvement par lequel tout un chacun peut se réconcilier avec les choses simples, pures qui constituent la grandeur et la beauté de ce monde. Il faut comprendre que le magnifisme est un état d'esprit, presque comme une partie inhérente à notre être que l'on peut rencontrer, éprouver, développer. Le magnifisme est cet état qui nous reconnecte à nos émotions et à l'instantanéité de nos intuitions. De la nature aux sciences, en passant par les arts et les sciences humaines, il peut être vécu par tous, à différents niveaux, où les émotions de chacuns se rencontrent dans une instantanéité caractéristique de la beauté, par une intuition inexplicable. L'idée générale développée ici est que peu importe notre milieu, notre profession, nos intérêts, la nature de notre goût pour l'art, le magnifisme est accessible, car c'est un état d'esprit. Certes, nous pouvons ne pas l'expérimenter de la même manière, mais c'est ce qui le rend intéressant. Il s'agira ici de comprendre ces différentes approches magnifistes.

On ne saurait parler d'art sans parler d'artiste. Le magnifisme étant issu dans un premier temps d'une rencontre artistique, il est important d'aborder le rôle de l'artiste dans cette rencontre. Pour appuyer mon propos, je m'aiderai de Wassily Kandinsky et de la citation suivante, extraite de Du spirituel dans l'art et dans la peinture en particulier :

« L'artiste est la main qui par l'usage convenable de telle ou telle touche met l'âme humaine en vibration »

 

Les notions d'âme humaine et de vibration ici évoquées par Kandinsky ne pourraient pas mieux convenir à notre propos. En effet, le magnifisme est cet entre-deux, cette rencontre de l'oeuvre et du spectateur, autant que la rencontre de l'oeuvre et de l'artiste.

 

Dans sa création, l'artiste, inspiré, laisse libre court à son art. Qu'il soit peintre, musicien, danseur... Son art s'exprime à travers lui. Il devient le canal de ses émotions condensés par son art de manière intuitive. L'artiste devient presque spectateur de sa création en ce qu'il agit par intuition, s'écartant souvent de ce qu'il souhaitait créer dans un premier temps, surpris au final par ce qu'il crée. Il s'agit de l'expression spontanée de l'âme humaine par le biais de l'art. Elle-même vibrant au rythme de ses émotions, elle est l'artiste, la conscience s'est effacée, il n'y a plus alors qu'une expression instantanée d'une ou plusieurs intuitions matérialisées dans l'oeuvre finie.

 

L'artiste remplit un rôle d'intermédiaire, il devient l'outil de ses émotions, dans une spontanéité et une instantanéité marquante. En effet, la création se veut rapide, directe, impulsive, irréfléchie car la pensée entrave l'émotion et son expression. Outre la création, l'artiste se doit d'être inspiré. Ici, il est clair que l'état d'esprit magnifiste de l'artiste est un état de spontanéité et d'expression de ce qu'il a en son for intérieur, de son âme. Guidé par son intuition et ses émotions, il laisse libre court à son imagination, à ce qu'il ressent, abordant la beauté sans raccourcis. Il s'agit de transmettre une instantanéité de la beauté, son surgissement, d'une manière telle que le spectateur se retrouve happé par le fruit de la création. Malgré tout, il faut nourrir cette intériorité, il est important de saisir que les émotions proviennent du vécu et que la vie est donc un point important du magnifisme. Sur ce point nous reviendrons plus tard. À ce propos, Kandinsky nous dit :

 

«L'âme de l'artiste, si elle vit vraiment, n'a pas besoin d'être soutenue par des pensées rationnelles et des théories. Elle trouve par elle-même quelque chose à dire. »

Nous pouvons facilement comprendre que l'expression artistique ne dépend que d'ellemême, de l'âme de l'artiste, que l'on peut rattacher à ses émotions. Ce que l'âme exprime, c'est ellemême, via ses émotions qui se transmettent via l'art. Donc l'âme de l'artiste s'exprime de manière instantanée par l'art, sans pensée rationnelle, sans théorie, mais juste par elle-même. L'âme s'enrichie par la force qu'elle acquiert par l'expérience, par le vécu.

 

Comme énoncé précédemment, le magnifisme est avant tout une rencontre artistique. Il apparaît donc nécessaire d'évoquer l'expérience magnifiste du point de vue du spectateur d'une œuvre d'art. Il n'est pas nécessaire de se trouver face à une œuvre réalisée par un artiste dans un « état d'esprit magnifiste », il est tout à fait possible d'expérimenter une réception magnifiste d'une œuvre face à n'importe quelle œuvre, réalisée selon n'importe quelle condition. Toujours est-il que le spectateur, déconnecté de sa raison, ne cherche pas à comprendre l'oeuvre, mais à la vivre, à la ressentir. Dès lors, il est comme subjugué. L'expérience esthétique est dans son instantanéité impossible à décrire car elle est un appel aux émotions, au vécu de chacun, à ses expériences et espérances. La rencontre de l'oeuvre est une rencontre de soi, elle est vécu dans une intimité que l'on ne saurait presque pas partager. Elle laisse une empreinte constante et devient une étape constituante pour chacun en cela que même des années plus tard, le spectateur se souviendra encore de l'oeuvre et de l'émotion qu'elle lui a procuré. Par l'art, l'âme du spectateur est touché par les émotions communiquées par l'artiste. Il s'agit d'une communication d'âme à âme via l'art. Je m'appuierais à nouveau sur une citation de Kandinsky :

 

« Toute œuvre d'art est l'enfant de son temps, et, bien souvent, la mère de nos sentiments.»

 

L'idée qui me semble importante ici est que l'expérience esthétique magnifiste, bien que participative, est nourrissante. Participative dans la mesure où l'on est pas juste posté devant l'oeuvre, mais où l'on accepte d'être confronté à celle-ci sans le recours de la raison. On se livre à l'oeuvre pour qu'elle se livre à nous. De cette expérience ressortent des émotions, des sentiments, parfois nouveaux, ou inconnus, qui peuvent être marquant. En cela l'art est la mère de nos sentiments. Le sentiment est souvent le fruit de l'expérience esthétique, surtout dans une expérience magnifiste puisque l'âme communique à l'âme, l'émotion appelle l'émotion.

Bien évidemment, il s'agit d'une forme d'observation participante. Comme je l'ai dit précédemment, on accède à cette expérience par volonté, on participe à celle-ci, on en est acteur à une certaine mesure puisque l'on ne sait jamais ce que l'on va expérimenter. En cela, tout le monde n'aura pas la même expérience d'une même œuvre. Cela est dû au fait que nous ne possédons pas tous le même bagage artistique, professionnel, psychologique, nous n'avons pas les mêmes expériences ni les mêmes attentes, et cela influe sur ce que nous sommes en mesure de percevoir, ressentir de manière immédiate. C'est sur un principe similaire que se fonde le test psychologique de Rorschach. Encore une fois, il est important de se nourrir d'un maximum d'expériences ne seraient-ce qu'émotionnelles, pour être en mesure d'identifier potentiellement les émotions rencontrées lors de l'expérience esthétique. Comme dans le cas de l'artiste, cette expérience esthétique est tributaire d'une Vie émotionnelle et d'expériences qu'il convient de diversifier pour être en mesure de percevoir le plus de nuances et applications. C'est ce point que je développerais dans un dernier temps.

 

Gaston Bachelard sera le point de départ de cette partie avec une citation extraite de La poétique de la rêverie :

 

« Cette ouverture au monde dont se prévalent les philosophes, n'est-elle pas une ré-ouverture au monde prestigieux des premières contemplations ? Autrement dit, cette intuition du monde, cette Weltanschauung est-ce autre chose qu'une enfance qui ne veut pas dire son nom ? »

La notion d'intuition, centrale au magnifisme, revient à nouveau, dans un dernier usage. Ici, il n'est plus question d'intuition de l'art ou des émotions, mais d'intuition du monde. Là est le point de départ du magnifisme. L'intuition de ce qui nous entoure, de ce qui nous constitue et de ce à quoi nous nous sommes habitués, nous privant du plaisir de son appréciation. Qu'il s'agisse de l'artiste ou du spectateur, du scientifique, du sociologue ou de n'importe qu'elle autre personne désireuse d'expérimenter le magnifisme, d'être confronté à la grandeur dans la trivialité, à la magnificience dans la banalité, il est important de considérer la vie, le monde qui nous entoure, car c'est ce monde là qui est source du magnifisme. Bien évidemment, le magnifisme pouvant être vu comme un état d'esprit, il faut considérer le rapport du monde et de la personne qui le perçoit.

Tout est expérience et tout est enseignement. Sachez quand réflechir et quand faire confiance à votre instinct, à votre intuition. Sachez contempler le monde. Ceci permet à l'artiste de trouver l'inspiration, ou de faire naître en lui l'émotion qu'il partagera, et au spectateur de comprendre l'émotion qu'il ressentira face à l'oeuvre réalisée, et à toute autre personne d'enrichir son panel d'émotions, et d'idées, exprimables dans tous les domaines possibles. Être magnifiste c'est accepter d'être une entité participante du monde qui nous entoure et de tout ce qui le constitue, nous faisant entrer dans un processus de co-création et de re-création permanente, nécessaire à l'épanouïssement de la vie émotionnelle de tout un chacun.

Ce n'est pas que le monde en tant que tel. Mais bien le monde tel qu'il m'apparaît, tel qu'il est, ou peut être pour moi. Ainsi, apprenez à vous détacher de la réflexion. Apprenez à simplement observer, à contempler, et à ressentir le monde. Nous sommes aujourd'hui bien trop occupés à courir dans tous les sens et à penser à des choses qui ne sont pas encore devant nous, auxquelles nous ne sommes pas encore confrontés. Le magnifisme c'est l'instant présent. C'est cette capacité de s'arrêter et d'apprécier le soleil qui effleure sa peau, cette capacité d'apprécier les choses les plus simples qui sont les plus belles. Enrichissez-vous de la moindre chose.

par Axel Viersac

© 2020 Alexandra Mas